Vient de paraître : "Pharos" de Sébastien Rutés, ou le roman d'un exil
Louis, 12 ans, doit quitter Paris sous les bombes. Il devient « errant » et part sur les routes dans une cohorte de guingois, aux côtés de sa mère et sa jeune sœur, de sa voisine Chloé et sa mère, un couple d'octogénaires, son oncle. Il laisse derrière lui son père, qui n'a pas pu rejoindre à temps le convoi, et la Tour Eiffel. Vers quel nouveau ciel aller ? Ils mettent le cap vers le sud, et au loin, Pharos, cette île d'Alexandrie qu'Homère vantait comme refuge, dans une Odyssée que son oncle lui récite, scandant leur épopée.
Sébastien Rutés aime les jeux de miroir. Dans Eye track, le regard – ce que l'on voit, ce que l'on peut voir - était à la fois l'enjeu et l'instrument du pouvoir. Dans Pharos, les passerelles s'établissent entre le passé – Grèce antique, croisades – et le futur – celui de Louis, et de Paris sous les bombes. Une façon, bien sûr, d'évoquer sans brutalité le présent, et l'universalité de la misère et de la solitude lorsqu'on est contraint de fuir. Nous sommes tous des réfugiés potentiels.
En injectant le soupçon de fougue qui anime tout bon roman d'aventure, Sébastien Rutés nous embarque dans l'exil sans flouter les difficultés du périple. Au dessus de la tête de l'adolescent, les nuages sont parfois troués d'une éclaircie. C'est que la vie c'est comme ça, sans toit, sans fard. A travers Louis, auquel on s'identifie si vite, s'exprime donc tout simplement la figure de l'errant, qu'on le nomme sans-papiers, réfugié, exilé, que sais-je. Un enfant, un homme, dans une épopée moderne et universaliste. Avec de surcroît, un petit éloge à la littérature, qui continue de servir de boussole à ceux qui n'ont plus rien : Pharos, souvenir de l'Odyssée, paradis à conquérir, brille dans la nuit de l'exil.